Eglise Sant Nazari


Histoire de l'église de Tordères

 

Avec sa tour-clocher originale, située à droite du portail d'entrée, l'église Sant Nazari possède une forme étrange. Cette disposition inhabituelle témoigne de la longue histoire de l'église. Elle en porte les traces sur ses murs.

 

Essayons de découvrir ensemble cette histoire.

 


I-L’ancienne église : l’église Saint-Martin de Tordères

 

Sur la façade Ouest de l’église, il existe la trace d’un arc plein cintre caractéristique de l’art roman  qui se répand du Xème au XIIème siècle, dans la région. Cet arc  surmontait  un portail d’entrée qui a été muré par la suite. Donc, au Xème siècle, à l’époque où l'église de Tordères s’appelait Saint-Martin de Tordères, les villageois entraient dans l’église par ce portail.

 

A gauche de ce portail, on peut observer une porte murée. Elle est surmontée d’un arc en anse de panier. Or, au Xème siècle, on ne  construit que des arcs plein cintre. Cette porte n’existait donc pas au Xème siècle.

 

En observant bien la façade Ouest de la tour clocher, on peut y distinguer les traces d’un toit très pentu, caractéristique des toits couverts  de lloses de notre région, à cette époque.

L’église St-Martin de Tordères  avait donc une toiture couverte de lloses, plus haute que la toiture actuelle.

 

Cette toiture est orientée Est-Ouest, comme celle de  toutes les églises romanes, ce qui explique peut-être la présence de la tour-clocher à cet endroit.

 


Sur la façade Sud, on peut observer, à droite du portail actuel qui n’existait pas au Xème siècle, une petite fenêtre murée surmontée d’un linteau échancré en arc plein cintre, caractéristique de l’art roman du Xème siècle.

 

L’église St-Martin de Tordères était, au début de son histoire, (Xème siècle), une petite église romane orientée Est-Ouest. Le portail d’entrée était à l’Ouest. Le choeur était à l’Est comme dans  la plupart des églises romanes de l’époque.

 

Dans le chevet ou abside de l'ancienne église (situé à droite du portail actuel), on peut observer, en levant la tête, la voûte en berceau du chevet de l’ancienne église qui porte une couverture en lloses que l’on ne voit pas de l’extérieur. Elle est cachée par la tour-clocher.


On a pu observer, dans ce chevet les traces :

- d’une voûte en berceau

- d’un arc triomphal (arc brisé) qui séparait le choeur de la nef

- d’une piscine liturgique destinée à recueillir et évacuer l’eau nécessaire aux cérémonies liturgiques.

 

Tous ces vestiges datent du XIIIème siècle.

 

L’église St-Martin de Tordères, qui a été consacrée par l’évêque d’Elne, en 1116, sous le nom de St-Nazaire de Tordères, s’est donc agrandie d’une tour-clocher vers le XIIIème siècle. Cette tour a probablement  été construite à la place de l’ancien chevet roman dont il ne reste aucune trace.

Le rez-de-chaussée de la tour a servi de chevet (ou abside)  à l’église, à partir du XIIIème siècle.

 


II- La tour-clocher

 

Cette tour-clocher a l'aspect d'une tour fortifiée. En effet, c’est du XIIIème au XVème siècle que les villages et les églises de la région se fortifient car l’insécurité règne. Elle est due :

- aux guerres  féodales entre seigneurs

- aux guerres entre états

- au passage des grandes compagnies de routiers pendant la guerre de cent ans.

 

Comme dans tout édifice fortifié, on y voit des  archères aux embrasures faites de moellons équarris et soigneusement disposés, ce qui s’est fait jusqu’au XVème siècle.

 

Si l’on observe bien les archères de la tour-clocher, on peut penser, vu leur difficulté d’accès, qu’elles n’ont pas beaucoup servi à protéger les villageois.

 

La tour-clocher a sans doute été construite pour témoigner de la puissance de l’abbaye d’Arles-sur-Tech dont l’église de Tordères dépendait.

 

En observant les angles des façades Sud, Est et Nord, on découvre des chaînes d'angle en pierres soigneusement taillées, caractéristiques du XIIIème siècle

Si l’on observe le haut de la tour, les chaînes d’angle ont disparu. Le haut de la tour a donc été surélevé plus tard.

 

On peut donc observer :

Une tour-clocher fortifiée qui semble vouloir protéger les villageois de l’insécurité qui règne dans la région, du XIIIème au XVème siècle, grâce à ses archères, ou à montrer l’importance de l’abbaye dont dépend l’église,

- sur ses façades, des chaînes d’angle en pierres taillées caractéristiques du XIIIème siècle,

- à l’intérieur, au rez-de-chaussée de la tour qui a, pendant plusieurs siècles, servi de chevet, un arc brisé du XIIIème siècle, une piscine liturgique du XIIIème siècle.

 

Tous ces détails prouvent que la tour-clocher date bien du XIIIème siècle

 

III-Entre le XVème et le XVIIIème siècle, l’église connaît des transformations importantes.

 

Sur l’enduit du mur Nord de l’ancien chevet, figure le nombre 1692 date où les travaux d’agrandissement auraient commencé.

 

Un nouveau portail  a été ouvert sur la façade Sud et l’ancien portail d’entrée a été muré.

Le nouveau portail a un encadrement en arc plein cintre  et des  piedroits en pierres de taille, le tout orné d’un chanfrein.

Ce type de portail est caractéristique du XVème siècle.

 

Une nouvelle nef, orientée Nord-Sud, a été créée en abattant le mur Nord de l’ancienne église (c’est sur le mur Nord de l’ancien chevet que l’on peut lire 1692) et en y  accolant un  bâtiment de grande hauteur dont il reste le mur pignon Nord percé d’une fenêtre haute.

On peut apercevoir les restes de cette fenêtre au-dessus de la toiture actuelle.

 

A gauche de l’ancien portail, une porte surmontée d’un arc en anse de panier, aujourd’hui murée, a été ouverte, tandis que, vers la façade Nord,

- Un chevet  a été construit probablement au XVIIème siècle.

- La voûte d’arêtes a été couverte d’une toiture de tuiles. La disposition des tuiles qui suivent la courbe de la voûte est une disposition peu courante.

Un exemple semblable, datant du XVIIème siècle  existe à la citadelle de St-Tropez dans le Var.

 

Derrière  l’autel du nouveau chevet, un retable polychrome a été édifié dans la première moitié du XVIIIème siècle. Sa peinture a été achevée en 1749 par le peintre doreur Joseph Babones.

 

Des travaux importants ont donc été réalisés dans l’église de Tordères entre le XVème et le XVIIIème siècle

- Un nouveau portail sur la façade Sud a été percé.

- Un bâtiment de grande hauteur abritant une nouvelle nef orientée Nord Sud a été construit

- Une porte (aujourd’hui murée a été ouverte sur la façade Ouest.

- Un chevet ou abside, dont la voûte d’arêtes est couverte de tuiles disposées de façon originale,  a été édifié probablement au XVIIème siècle.

- Un retable polychrome, que le peintre doreur Joseph Babones  a fini de peindre en 1749,  a été installé dans le chevet au début du XVIIIème siècle

 

IV – Les travaux d’agrandissement ont continué du XVIIIème au XXème siècle :

- Sur la façade Nord, une sacristie, construite avant 1825, date à laquelle elle apparaît sur le cadastre napoléonien.

- La toiture, plus base que la précédente, est refaite.

- La porte, sur la façade Ouest est murée.

 


A la fin  du XIXème siècle et au début du  XXème siècle,

- Les chapelles latérales sont aménagées

- Une tribune est construite

- Une cloison de briques ferme l’ancien chevet

 

La longue histoire de notre église Saint-Nazaire de Tordères est terminée. Plus personne ne s’étonnera désormais de l’emplacement de notre tour-clocher !


2ème tranche des travaux de restauration de l'église Sant Nazari

Première réunion de chantier

  Après consultation des entreprises, sur proposition de la commission d’appel d’offres, le conseil municipal de Tordères a choisi les artisans en charge du chantier des travaux de la deuxième tranche de restauration de l’église Sant Nazari. Il s’agit de l’entreprise « Arc-Atura » de Terrats (qui a déjà accompli les travaux de la première phase) pour la partie maçonnerie, de l’entreprise « Acanthe » (qui avait également travaillé sur le précédent chantier de restauration) pour la menuiserie, de l’entreprise « Limbert » pour l’électricité, et enfin, de l’entreprise « Biorestauro » pour la remise en état de décors peints (fresque et datation).

 

  Ce mardi 31 mai 2016, l’architecte en charge du chantier, Bruno Morin, du bureau « Artus », et Maya Lesné, maire de Tordères ont réuni l’ensemble des acteurs de cette restauration pour la toute première réunion de chantier à laquelle participait également Jean Blin, président de l’Association de Sauvegarde de l’Eglise de Torderes (ASET).

 

  Dans la foulée, le menuisier procédait à la dépose d’un garde-corps. Les restauratrices de décors peints s’attelleront à l’ouvrage dès le lundi 6 juin, et les maçons monteront l’échafaudage aux alentours du 15 juin avant de commencer les travaux d’extérieur.

 

  Bon chantier à toutes et tous !

 

  Cette tranche de travaux devrait coûter pas moins de 125.000€, une somme importante et difficile à mobiliser pour une aussi petite commune que la nôtre. Nous profitons donc de l’occasion pour rappeler que la collecte de fonds dédiés à cette restauration se poursuit. Si vous souhaitez y participer (avec déduction d’impôt), vous pouvez le faire en ligne sur le site de la Fondation du Patrimoine : https://www.fondation-patrimoine.org/fr/languedoc-roussillon-13/tous-les-projets-636/detail-eglise-saint-nazaire-de-torderes-3375 ou directement auprès de la mairie de Tordères, 2 rue des écureuils, 66300 Tordères. D’avance merci pour votre soutien !

 


Première phase des travaux de l'église

Décembre 2012 - Mai 2013

  Six mois de travaux longs et difficiles ont pris fin en mai 2013, habilement menés par l’entreprise Arc-Atura (Terrats) pour la partie maçonnerie et par CDF Elec (Millas) pour la partie électricité, sous la direction de Bruno Morin du bureau d’architecture Artus, accompagné par conseil municipal et par l’Association de Sauvegarde de l’Eglise de Tordères.

  Le Dossier des Ouvrages Exécutés qui clôt traditionnellement la fin de chantier est consultable en mairie. Il s’agit d’un formidable document qui récapitule l’intégralité des travaux, avec des photos avant, pendant et après travaux, des explications, des croquis, etc. On y trouve également les factures correspondant à chaque étape des travaux.


Toutes les photos qui accompagnent ce compte-rendu sont l'oeuvre d'Emilie Goujaud.


Une urgence : la Toiture


  Le grand chantier de restauration de l’église Sant Nazari a démarré en décembre 2012, mené par l’entreprise Arc-Atura (Terrats) pour la partie maçonnerie et par CDF Elec (Millas) pour la partie électricité, sous la direction de Bruno Morin du bureau d’architecture Artus. Le maire et ses adjoints ainsi que le président de l’Association de Sauvegarde de l’Eglise de Tordères ont été conviés à toutes les réunions de chantier (environ une par semaine, ce qui a permis de mesurer l’avancée des travaux et de prendre des décisions rapides lorsque des choix urgents se présentaient).

 


  Dans un premier temps, la restauration du toit du chevet a été privilégié, ainsi que le colmatage des fissures qui étaient, il faut bien l’avouer, spectaculaires (même s’il n’y avait, paraît-il, pas de véritable risque d’effondrement).

  Le chantier a commencé par le colmatage des fissures du chevet situées derrière le retable.

  Une fois cette délicate opération menée, une protection anti-poussière (par feutre non tissé) et un sarcophage contreplaqué ont été mis en place pour protéger la partie du retable qui n’avait pas pu être démontée et emportée par les services de restauration du patrimoine du Conseil Général. L’équipe a pu alors s’atteler à découvrir le chevet (en conservant précieusement les plus belles tuiles d’origine pour les réutiliser par la suite), puis à conforter la voûte d’arche du chevet et à piquer les enduits du sommet du mur pignon nord de la nef.


Toiture du chevet avant, pendant et après découvrement.

  

 Vu l’état du chevet après qu’il a été découvert, les maçons ont dû procéder à de nombreux coulinages (il s’agit de l’injection d’un mortier de chaux suffisamment liquide pour être envoyé sous pression dans les fissures) et gobetis (c’est un enduit de chaux qui permet aux murs de « respirer » et de travailler sans que cela ne provoque de fissures).

  Sur le chevet, il a été mis au grand jour un comble assez profond, qui jouxte le mur pignon nord de la nef, rempli de terre, de gravats divers (pierres, bois, etc.) mais dans lequel, hélas, nos lointains ancêtres n’avaient pas laissé de messages ni même une quelconque trace. Il a fallu vider ce comble pour décharger la voûte de ce grand poids. Une poutre muraillère a été ancrée sur le pignon nord de la nef, ainsi qu’une autre poutre sur le comble du chevet dont les extrémités ont été fixées dans les maçonneries afin qu’elle serve de tirant de solidarisation des murs est et ouest. Ces deux poutres ne se verront pas car elles sont sous le toit, par contre elles serviront grandement à consolider l’édifice (on peut dire qu’elles auront un peu la même fonction que des  poutres parasismiques).

Poutre muraillère du mur pignon nord et poutre sur le comble.

   Puis la charpente et les chevrons de la couverture ayant été posés, une chape respectant la forme initiale du toit (aspect bombé et irrégulier) a été coulée.

  Pendant les vacances de Noël, tandis que l’entreprise de maçonnerie prenait ses congés, le couvreur-zingueur (Mickaël Rodriguez de Saint-Michel-de-Llotes) a fabriqué et posé des chéneaux cintrés en plomb, et a habillé les gargouilles de becs arrondis afin que l’eau cesse de les abîmer et de lessiver les murs (le bec dépasse de 2 cm et se voit à peine du pied de l’église).

  Quand le grand froid de début janvier 2013 s’est abattu sur le département, les maçons ont commencé à installer la couverture cintrée en tuile canal sur le chevet, en prenant soin de conserver l’aspect initial du toit et en privilégiant les anciennes tuiles les plus intéressantes comme tuiles de couvert (celles du dessus donc), tandis que des tuiles neuves, moins visibles, étaient utilisées comme tuiles de courant (du dessous), avec fixation des courantes par vissage et fixation des couvrantes par crochet cuivre vissées dans la forme de la pente.

  Les maçons ont également révisé et remplacé les tuiles fendues sur le toit de la nef, tandis qu’une autre équipe s’attelait au piquage des façades, avec traitement des fissures et coulinage systématique pour repérer des fissures internes.

  Les jours de pluie ou de grand vent, les maçons ont travaillé à l’intérieur du bâtiment, dans la sacristie et sous le chevet (piquage des enduits dégradés, étaiement et remplacement des linteaux effondrés, etc.)

 

  L’électricien, spécialisé dans la restauration de bâtiments anciens, s’est organisé en coordination avec les maçons pour encastrer les nouvelles gaines électriques qui vont permettre d’illuminer la sacristie. Il a également installé un interrupteur à l’entrée de l’église et déplacé le tableau électrique sur le mur sud de la nef en prévision de la dépose de la cloison qui se fera lors de la seconde tranche des travaux de l’église.


Chevet et nef

 

  Quasiment tout l’extérieur du chevet (toit et façade) a été terminé dans le courant du mois d'avril 2013. Les tuiles ont été passées à l’acide dilué pour enlever la laitance de chaux.

  A l’intérieur, il a été constaté, après ouverture et piquage des fissures des voûtes d’arêtes du chevet que l’enduit existant était presque intégralement désolidarisé de son support et mettait en danger le public (risque de chute de grosses plaques d’enduit et de pierres). Les voûtes ont donc été piquées puis réenduites, après injection sous pression de coulis de chaux hydraulique naturelle dans les fissures mises à découvert. 

Etat du plafond du chevet avant travaux, puis après travaux.

  Au vu de l’état de dégradation de l’arc triomphal, il a fallu également creuser en profondeur les joints et faire des injections ponctuelles à la seringue des moindres lacunes de mortier, puis ouvrir et remailler les fissures. Des morceaux de schistes ont été ajoutés en guise de cales. 

Arc triomphal après piquage, puis consolidé et enduit.

Travaux de la nef achevés

  Pour vérification, un lit de 40 cm de profondeur a été creusé en biais, afin de vérifier le degré d’emprise des racines du cyprès sous les fondations du mur Nord de la nef et, bonne nouvelle, notre beau cyprès a pu rester là où il se trouve car il ne menace pas les fondations. Les maçons en ont profité pour injecter en biais le plus profond possible dans ces fondations afin de vérifier qu’il n’y ait pas de grosses fissures. Là encore, une heureuse nouvelle : les maçonneries des fondations sont bonnes et solides.


  Après piquage et remaillage systématique des fissures du mur extérieur de la nef (côté Plaça Major), les joints ont été achevés. Avant de passer l’acide dilué sur cette façade afin d’enlever la laitance de chaux (qui donne un aspect blanchi aux pierres), les maçons ont dû attendre que les enduits aient bien séché. Le séchage a été ralenti par la présence de ciment dans la murette (une murette que les habitants et le conseil municipal souhaitaient conserver). Le bas du mur de cette façade a désormais bien retrouvé le même aspect (couleur, granulosité, etc.) que le haut.

  A l’intérieur de la nef, les fissures des murs de la chapelle nord-ouest ont été ouvertes et remaillées par injection systématique.

Chapelle nord-ouest en cours de piquage, puis consolidée et enduite, puis badigeonnée.

  Dans cette chapelle, suivant le modèle des autres autels de l’église, le dessus d’autel a été remaçonné après purge, les faces ont été réenduites à la chaux et un emplacement a été réservé en cas de pose d’une pierre consacrée (dans l’éventualité d’une future utilisation liturgique).

  Comme une partie du toit de la nef était très endommagée et même affaissée (au-dessus de la tribune, à l’entrée de l’église), un gros travail de rénovation a été lancé. La charpente, très abimée, a été intégralement refaite.

Plafond de la tribune avant (première photo) et après travaux.

La partie la plus dangereuse du toit de la nef a été refaite.

Vue du toit de la nef avant et pendant travaux.

Sacristie

  Dans la sacristie, il a fallu procéder à plusieurs consolidations de linteaux dégradés (fenêtre, ancienne porte, porte entre le chevet et la sacristie). Un travail ardu, avec étaiements, percements et chevalements, car on pouvait craindre que des murs entiers s’effondrent.

Porte de la sacristie consolidée, oculus et fenêtre en cours de travaux et après consolidation.

  Les murs ont été piqués puis enduits et badigeonnés à la chaux.

  Un oculus (dit aussi « œil de bœuf », retrouvé sur le mur est, après grattage des enduits) a été rouvert après injection de chaux dans les parties supérieures. 

  La baie de vidange du lavabo liturgique (également retrouvé en début de chantier) a été rouverte (elle n'est plus obturée que par un bouchon à l’intérieur).

  La sacristie qui n'avait ni prise électrique ni luminaire a été aménagée pour recevoir l'électricité. Enfin, comme prévu initialement, l'habillage bois du plafond ne se fera qu'au cours de la deuxième tranche.

  Enfin, les travaux des murs extérieurs de la sacristie se sont achevés en mai 2013.


 Fin avril 2013, les maçons ont pu s’attaquer à toute la partie qui concernait les murs intérieurs et le toit du clocher. Après avoir dégagé les barbacanes des sables et végétations qui les encombraient, ils ont installé un bac acier couleur ardoise sur des pannes de bois afin de protéger le toit en lloses (en français, « lauzes ») qui date sans doute du 13ème siècle. Ils ont également fixé une descente d’eau pluviale en terre cuite.

  Merci à tous ceux qui ont travaillé sur ce chantier, notre architecte Bruno Morin et sa brillante assistante, Emilie Goujaud (Bureau Artus), les maçons de l’Entreprise Arc-Atura, l’électricien (Entreprise CDF Elec), le menuisier, le campaniste (Entreprise Terrol), le couvreur-zingueur (Entreprise Rodriguez); merci également à tous ceux qui soutiennent le projet depuis le début, bénévoles de l’ASET, souscripteurs particuliers et financeurs des collectivités territoriales (Conseil Général des Pyrénées-Orientales, Communauté de Communes des Aspres, Sénat – à travers la réserve parlementaire de M. Bourquin) ou des associations de sauvegarde du patrimoine (Fondation du Patrimoine, Association de Sauvegarde de l’Art Français)… Sans vous, toute cette belle aventure n’aurait jamais pu se concrétiser. Espérons qu’elle se poursuive rapidement !


Retable Saint-Celse et Saint-Nazaire

Retable avant et après restauration (2008-2009)

  Le retable de l'église Sant Nazari a été entièrement restauré entre octobre 2008 et avril 2009. Il aura fallu sept mois pour venir à bout des assauts du temps sur cet édifice devenu, au fil des siècles, largement défectueux : encrassement, attaques d’insectes xylophages (coléoptères, termites, etc.), fientes d’oiseaux, humidité néfaste, fentes, erreurs du passé (mauvais remaniements, peinture et vernis malencontreusement appliqués par de bonnes âmes qui pensaient alors bien faire), rien n’aura été épargné à notre malheureux retable !

  Toute l’équipe des services du patrimoine du Conseil Général, dirigée par Jean-Bernard Mathon, s’est attachée à faire revivre cette pièce rare venue du fond des âges. Saluons particulièrement les cinq femmes qui sont patiemment intervenues tout l’hiver, parfois frigorifiées mais toujours assidues : Evelyn Stier, Sylvie Richard et Isabelle Desperamont Jubal, assistées de temps à autres par Christiane Castaigner et Naoual Ben Chaal (une stagiaire venue spécialement de Paris pour travailler sur notre retable!). Leur bonne humeur, leur enthousiasme et leur talent ont fait de ce chantier un moment inoubliable. Saluons également Jean-Luc Morard et Joseph Gomez, les serruriers du Conseil Général qui ont réalisé une gigantesque structure métallique (invisible puisqu’elle se trouve derrière l’édifice) afin d’épargner le poids du statuaire au retable ; ainsi que Pascal Verdaguer, le menuisier du Conseil Général, qui a conçu des moulures neuves pour certaines pièces, Rhafid Hamami qui a procédé au traitement insecticide des bois, Marc Michalczak qui a réalisé les photos et Marie-Hélène Sangla qui a effectué les recherches en archives. A tous un immense merci !

  Notre retable, en bois polychrome et doré, mesure plus de 5 mètres de haut et presque 4 mètres de large. Il date du deuxième quart du 18ème siècle, plus exactement de 1749 pour tout ce qui concerne sa polychromie originale et de 1760 pour la polychromie de l’autel. Le tabernacle est plus ancien, il daterait du 16ème siècle.

  On est certain que le peintre-doreur du retable fut Joseph Babores de Perpignan. C’est une inscription peinte sous un panneau sous la console de Saint-Nazaire, derrière le tabernacle, qui en témoigne : « Joseph Babores me decoravit rectare Francisco Puig, 1749 ».

Peu de documents nous renseignent sur ce peintre-doreur. Il serait né à Ripoll et serait arrivé en Roussillon autour de 1720-22. En 1724, il habitait Saint-Laurent de Cerdans. En 1731, après avoir été reçu à sa maîtrise, il s’installait comme doreur à Perpignan. On connaît actuellement peu d’œuvres réalisées par lui : 1724, dorure du retable de Taillet et du Saint-Sacrement à Collioure, 1733, dorure du retable Saint-Eloi, avec le peintre Sauveur Sangla, puis l’œuvre la plus tardive (1749) qu’on lui connaisse, celle de Tordères.

  Quant à l’auteur et la date exacte de la sculpture, ils restent à ce jour inconnus même si elle possède tous les attributs stylistiques de Pierre Navarre, un sculpteur de Perpignan considéré comme à l’origine de l’introduction du style dit « français » dans les retables locaux (en particulier avec le Balaquin de la cathédrale d’Elne, inspiré de celui de Saint-Germain des Prés, en 1723, et qui serait sa première œuvre).

  Ce retable compte quatre niveaux et trois travées. Il repose sur une banquette maçonnée. L’autel, également maçonné, est au centre et possède un tabernacle inséré dans la deuxième marche et un antépendium (il s’agit du décor en bois peint, réversible, qui se trouve devant l’autel).

  Dans chacune des six niches, on trouve différents saints : Saint-Nazaire, dans la niche centrale, Saint-François de Paule (à sa droite), Saint-Joseph portant Jésus (à sa gauche), Saint-Gaudérique (directement au-dessus de lui), et peut-être Saint-Celse ou Saint-Gervais (au-dessus à gauche). Une statue, tout en haut, à droite, a disparu depuis les années 1970. D’après de vieilles photographies, il pourrait s’agir de St. Protais. Enfin, le couronnement de l’édifice repose sur une petite « prédelle » (une sorte de planche) et présente une colombe, aux ailes déployées, au centre d’un médaillon circulaire entouré de volutes ajourées. Toutes les statues sont réalisées en bois d’aulne, tandis que le retable lui-même est en pin.

  Les attaques d’insectes avaient rendu l’édifice très fragile tandis que la poussière l’avait considérablement abîmé. Le retable s’affaissait de plus en plus. Une partie du tabernacle et du socle sur lequel repose Saint-Nazaire, ainsi qu’un angelot avaient brûlé. Les assemblages ne résistaient plus et s’ouvraient un peu partout (travail du bois mais également remaniements  malheureux) tant et si bien qu’au fil du temps, les hommes avaient essayé de maintenir le retable à l’aide de crochets, de clous, de vis, disposés un peu partout et n’importe comment sur l’édifice et sur le statuaire. De nombreux éléments s’étaient détachés (moulures, motifs sculptés et rapportés, rayons d’auréole dont nous avons retrouvé quelques morceaux lors du grand nettoyage 2008 du clocher de l’église). D’autres éléments décrochés avaient été recollés sans forcément respecter l’emplacement initial. Bref, le retable était en fin de course, il était temps d’agir.

  Les restauratrices ont commencé par retirer les gravats qui se trouvaient sur les entablements et derrière le soubassement avant de se lancer dans un long et méticuleux dépoussiérage. Elles ont ensuite démonté tous les éléments qui pouvaient l’être afin de pouvoir se lancer dans le cœur du chantier. Voici quelques-unes des étapes du travail auquel elles ont procédé : reprise d’assemblage défectueux et de cassures (par collage), retrait des clous inutiles, consolidation des surfaces de bois friables et des panneaux de prédelle sous les niches, reconstitution intégrale de la fausse niche de droite, consolidation de la niche centrale, consolidation des gradins (par le biais d’une sorte de cric installé sous chacun, en appui sur la table d’autel maçonnée), désinsectisation curative et préventive, remontage du couronnement, puis lente et patiente intervention sur la polychromie du retable et du tabernacle (refixage et nettoyage de la polychromie, retouches à l’aquarelle, vernissage, etc.).

Un ange avant, pendant et après restauration

  Un compte-rendu d’intervention est disponible en mairie pour tous ceux qui seraient particulièrement intéressés par les détails de cette pointilleuse et remarquable restauration.  Les restauratrices nous ont également laissé des consignes de conservation et d’entretien très claires et détaillées.

  Ces travaux, d’un coût total de 20 740€, ont été subventionnés à 82% par le Conseil Général des Pyrénées-Orientales, la commune apportant les 18% restant à payer, soit environ et à peine 3 800 €. On voit bien à travers cet exemple très concret, toute l’importance de l’aide apportée par le Conseil Général aux petites communes et, à l’heure de la réforme des collectivités territoriales prévoyant la fin du département, de la nécessité de batailler pour maintenir les conseils généraux en l’état.


Identification de quelques statues du retable

 

  Au centre du retable, se trouve le saint protecteur du village, Nazaire de Milan, un soldat romain, martyr du 1er siècle après Jésus-Christ, né à Rome. Il est fêté le 28 juillet (mais également parfois dans certaines régions le 14 octobre ou le 19 juin).

  Il est souvent associé à Saint-Celse, un personnage beaucoup plus jeune que lui, qui lui aurait été confié par sa mère, convertie en Gaule, près de Nice, et qu'il aurait baptisé avant d'être jeté en prison par le gouverneur local. Libéré grâce à l'intervention de la femme du gouverneur, Nazaire rejoignit alors le petit Celse et ils s'en furent prêcher ensemble à travers la Gaule avant d'attirer les foudres d'un autre gouverneur qui les condamna à la noyade. 

  Au cours de la traversée qui les menait à la mort, leur barque, assaillie par une effroyable tempête, aurait été miraculeusement épargnée grâce à leurs prières. Pour les remercier de ce prodige qui leur avait sauvé la vie, leurs gardes les auraient alors libérés. Passant à nouveau les Alpes, leur retour à Milan leur a été fatal. ils ont été décapités en 56 de notre ère, sous le règne de l'empereur Néron.

  Leur culte s’est développé en Italie du Nord, mais aussi en France (en Languedoc puis jusque dans le nord).

  Ces deux saints sont souvent représentés vêtus en soldats romains, avec la palme du martyr (une branche de palmier figurant la victoire) et l’épée de la décollation (celle qui servit à les décapiter). Saint-Nazaire est plutôt âgé et barbu, et Saint-Celse est un enfant ou un jeune homme imberbe. La représentation du jeune soldat romain au retable de Tordères (2ème registre, à gauche) pourrait donc être effectivement une statue de Saint-Celse.

  Toutefois, dans le goig (cantique en catalan) de Sant Nazari, édité en 1935, il n’est pas fait allusion à Saint-Celse mais à Saint-Gervais et Saint-Protais, et dans l’inventaire de 1905 (relatif à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat), les statues du 2ème registre sont également identifiées à ces deux saints. Ces frères jumeaux (dont les corps ont été retrouvés par Saint-Ambroise en 386) auraient croisé la route de Saint-Nazaire et auraient été décapités à Milan à peu près en même temps que celui-ci.

  Comme la statue de droite du 2ème registre a disparu et que, sur la photo du goig, il est très difficile de la distinguer, on ne sait pas exactement quelle allure elle avait. Si elle était très semblable à celle de gauche, il pouvait également s’agir des frères jumeaux. Dans le cas contraire, l’hypothèse de Saint-Celse convient mieux mais on ignore alors qui pouvait être le second saint du 2ème registre.

  L’église et le maître-autel sont actuellement dédiés à Saint-Nazaire et Saint-Celse même s’il semble que la double dédicace soit assez récente (il se peut qu’elle soit à rapprocher de la disparition de la statue de droite).

  Saint-François de Paule (1er registre à droite) est un ermite du 15ème siècle, patron des marins italiens et fondateur de l’Ordre des Minimes. De sa Calabre natale à la Provence, il redonnait la vue aux aveugles, délivrait de leur mal les victimes de la peste et de la lèpre, rendait la raison aux malades mentaux, etc. Il ressuscita même sept morts, dit-on, avant d’être reçu à la Cour des Rois de France et d’y demeurer un quart de siècle.

  Saint-Gaudérique (au centre du 2ème registre) était un cultivateur ariégeois du 9ème siècle. Il est l’objet d’un culte renommé, en Ariège et dans les Pyrénées-Orientales, pour son pouvoir sur la pluie et le beau temps. En 1014 les moines de Saint Martin du Canigou ont dérobé une partie de ses reliques dans l’église de son village natal. Il faudra attendre 1648 pour que l'abbaye du Canigou offre une partie des reliques à Louis XIII qui les confie à l’abbaye du Val de Grâce à Paris. Le restant des reliques qui étaient demeurées au Canigou fut transporté à l'église St Jean de Perpignan en 1783.


Statue de procession dite de "Sant Nazari", un joyau du 15ème siècle sommeillait a Torderes

  Il y a quelques années, Gerd Böttcher découvrait dans la niche d’une maison de Tordères qu’il venait d’acheter, une statue de procession. Percevant que cette statue n’était pas ordinaire et qu’elle devait receler de grands secrets, Gerd la donna à la commune et elle fut installée dans l’église Sant Nazari. Elle se présentait alors sous ce visage :

  Dès 2009, les services de restauration du patrimoine du Conseil Général nous firent remarquer que cette statue était particulièrement intéressante et qu’elle méritait une étude un peu plus poussée ainsi qu’une restauration complète. Aussi, juste avant que les travaux de l’église ne débutent, en novembre 2011, le conseil municipal a-t-il donc décidé de confier cette statue aux services du Conseil Général afin qu’ils la restaurent et nous en livrent quelques clés.


  Cette restauration s’est achevée fin 2013. Elle a permis de mettre au grand jour ce que chacun pressentait depuis le début : cette statue (dite «de Sant Nazari») n’est autre qu’un joyau, une splendide pièce du 15ème siècle qui fait désormais l’objet d’une procédure de classement aux Monuments Historiques.


  Debout, le saint est vêtu d’une tunique mi-longue, à grandes manches ouvertes et évasées,  ceinturée, avec un col droit montant, fermé par trois boutons, et il est également chaussé de souliers à la poulaine. Sa nuque est dégagée et ses cheveux couvrent le dessus de sa tête d’une sorte de calotte bouclée. Son visage est rasé. Sa tête est légèrement penchée à gauche. Il tient un livre dans la main gauche et une plume dans l’autre.

  Christine Aribaud, maître de conférence à l’université Toulouse Le Mirail, a donné une série d’informations fondamentales pour mieux dater cette statue. Selon elle, le saint évoque une certaine jeunesse et ne correspond donc pas à la description iconographique de Saint-Nazaire (qui est toujours dépeint comme un homme âgé et barbu), mais plutôt à celle de son disciple Saint-Celse, jeune et imberbe. En réalité, il pourrait également représenter un autre saint ou bien un simple donateur (une personne laïque).

  Le vêtement correspond à la tenue d’un bourgeois (un laïque, peut-être un dignitaire) des années 1300-1350. Le costume est un élément essentiel pour dater la statue et il semble que, tout comme la coiffure, il se rapproche de la période du Quattrocento italien ou l’on rencontre des personnages peints ayant des caractéristiques très proches de cette statue.

  Ce personnage est marqué par un style que l’on a appelé le «gothique international», qui privilégie les courbes, le raffinement des couleurs et des attitudes, ainsi que les habits magnifiques, les gestes précieux et les doigts effilés. Le mélange de douceur et de jeunesse, de lignes gracieuses, d’étoffes souples et de riches couleurs, les lignes sinueuses et les échancrures subtiles des drapés appartiennent aussi à ce courant.


  La statue est sculptée en ronde bosse dans un tronc de bois de pin allant de la tête au socle inclus, avec des assemblages au niveau des deux mains et sur le bord extérieur de la manche gauche, et une présence ponctuelle de toile. Le scanner de l’Hôpital Saint-Jean (Perpignan) a révélé que le support était en parfait état de conservation même s’il avait souffert de brûlures ponctuelles (sans doute liée à un incendie).


  Christiane de Castaigner, la restauratrice en charge de la statue, a découvert trois polychromies superposées, la toute première étant quasiment en ruine. Les laboratoires d’analyse « Art’Cane » (Vannes) et LARCROA (Paris) ont étudié les pigments retrouvés. Ils  appartiennent tous à la période allant du Moyen Âge au 16ème siècle. L’utilisation d’un bleu très spécial (le bleu lapis lazuli) pourrait indiquer que cette statue soit la commande d’un privé car l’utilisation de ce bleu n’existe que dans certains contrats passés au 16ème siècle et, au 15ème siècle, il était directement acheté par le commanditaire afin d’être fourni à l’artiste. Le lapis-lazuli est connu depuis l’Antiquité, il est utilisé en détrempe et fut importé au 14ème  siècle par les Vénitiens. Il est courant de lire que l’outremer valait son poids d’or et c’est pourquoi, au 16ème et au 17ème siècle, son emploi faisait l’objet de conventions particulières entre le commanditaire d’un tableau et le peintre. Il y a donc fort à parier pour que notre statue ait beaucoup voyagé avant de parvenir jusqu’à Tordères.


  Après dépoussiérage, nettoyage, dégagement des repeints et refixation (dans le bon sens) de la main et de la plume, voici l’émouvant visage de notre statue qui resurgit après des siècles d’effacement.

  Un grand merci à toute l’équipe de restauration du patrimoine du Conseil Général, et particulièrement à Christiane de Castaigner qui s’est attelée à ce long et minutieux travail et qui a permis de dévoiler l’immense beauté de cette statue. Et une pensée émue pour Gerd Böttcher qui s’en est allé sans connaître le vrai visage de cette statue mais qui en avait deviné toutes les qualités.


  C’est avec une grande joie et une grande fierté que la commune accepte bien volontiers de confier encore quelque mois cette statue au Conseil Général, le temps d’une exposition (en vitrine, tant cette œuvre est rare et précieuse) à Perpignan. Elle nous reviendra dès que la seconde tranche des travaux aura été effectuée et nous devrons alors prévoir à notre tour une protection (nous savons d’ores et déjà que le Conseil Général, tout comme l’Etat, seront à nos côtés pour nous aider).